Homo Erectus

Tu lui dis des mots
A fleur de peau
Puis tu t’égares
Autre part
Sans crier gare
Un autre lit
D’autres appétits
Histoire de peau
De coups d’ciseau
D
ans le tableau

Tu l’as pas dit
P
our pas faire mal
Demi mâle

Tu ne comptes plus
Toutes tes conquêtes
Elle n’a rien su
T’es à la fête
Fais l’comédien
L’air de rien
Puis tu repars
Pour un rencart
T’es pas gêné
T’es abonné

Tu l’as pas dit
Pour pas faire mal
Demi mâle

Tu fais l’fier
Dans ta tanière
Et tu susurres
Dans leur chevelure
Tu t’essouffles
Comme un buffle
Tu te crois expert
En jambes en l’air
Tu dis merci
Puis tu oublies

Tu l’as pas dit
Pour pas faire mal
Demi mâle

Tu vis ta vie
Sans préavis
Trois p’tits tours
Sans amour
Juste le plaisir
De les choisir
Comme un rapace
En pleine chasse
Puis tu les laisses
Sans adresse

Tu l’as pas dit
Pour pas faire mal
Demi mâle

Toi, tu t’en fous
Car après tout
Elles disent pas non
Même pas leur nom
Pas d’offense
C’est ta défense

Tu dors serein
Comme un crétin
Dans l’lit conjugal

Animal.

A.

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La lune n’est plus là !

La lune n’est plus là !
Elle a disparu des radars depuis midi
La lune n’est plus là
Et ils sont nombreux à chercher l’astre de nuit.

Ils sont partis faire le tour du monde
Sans perdre une seule seconde
Peut-être qu’un terrien a aperçu la lune vagabonde
Ils sont descendus au fond des volcans
Espérant qu’elle ne soit pas tombée dedans
Ils sont allés voir Dieu le père
Mais il dormait dans son rocking-chair
Ils ont couru longtemps par-delà les nuages
Craignant qu’elle ne soit sur une voie de garage
Mais ils sont rentrés bredouille
De leur longue vadrouille.

Sa disparition reste un mystère
La terre se trouve dans une drôle de galère
Toutes les nuits, elle est sombre et démunie
Rien ne peut la consoler, sa tristesse est infinie

Elle rêve et pleure sur ses souvenirs de clair de lune
Qui peut bien être responsable de cette odieuse infortune ?

Après des mois sans nouvelle de l’astre au cheveux blancs
Une rumeur parcourt le monde et les océans
La terre est folle et la joie remplie les cœurs
La lune est là, on la verra cette nuit avec bonheur
Un amoureux l’avait décrochée pour sa belle
Pris de remords, il l’a remise à sa place telle quelle

Ainsi se termine cette histoire
Que les anciens racontent le soir
Et les enfants, bouche bée
Se demandent s’ils ne l’ont pas inventée

A.

Je danse !

Mes yeux se ferment comme les enfants
Qui s’endorment quand les grands
Continuent de parler dehors sous le vent
Et dans mes nuits d’urgence
Je danse

Je danse
Pour étouffer les larmes qui s’invitent
D’une enfance qui s’estompe trop vite.
Le regard ridé de la Malpelle, là-haut
Son souffle sur mon chocolat chaud
Dans ses cheveux gris-blancs un foulard
Je le suis en sautillant, mais trop tard
Déjà sa silhouette penchée se perd dans le gris
De l’oubli

Je danse
Pour retenir les odeurs, les couleurs
Des chemins qui ravivent mon cœur
Les dentelles sur la vitre de ma chambre
Dans le froid glacial de décembre
Les anciens à la veillée qui racontent en patois
Un verre d’eau de vie entre les doigts

A l’arrière de la vieille moto dans l’air
Chaud d’une nuit d’été, silencieuse et fière
J’accroche le souvenir à la veste de mon père
Toujours me restera comme une souffrance
Son absence, son absence, son absence

Mais je danse
Pour qu’éclate mon cœur à coup de lucioles
Je suis cette enfant qui saute les barrières
A l’abri du vent, je cabriole
Et traverse les eaux profondes des rivières

A.

J’écris !

Les nuages s’étirent là-haut
Je vois étrangement le flot
De ces instants qui ne tiennent
Qu’à un souffle et ma peine
Se délite sur ma page blanche

Je laisse les mots trop étroits
Glisser sur la page étanche
Et tout au bout du jour
Lorsque la vapeur se noie autour
d’un ciel brûlant d’un été qui fini
J’écris

J’apprends à écrire en clair
Je n’ai plus rien à taire
Je suis le fil des mots
Je suis le fil des mots
Sans aller jusqu’au mot de trop

Tout au bout du chemin
Lorsque septembre pendra fin
Je m’allongerai dans l’herbe verte
Au milieu de mes pages recouvertes
De mots

Je vois étrangement le flot
Des mots qui me collent à la peau
Et réchauffent mon âme solitaire
Que la lune fait basculer dans les rivières

Le temps pour écrire est bien court
Le temps d’une rose, le temps d’un jour
Lorsque mes nuits ne sont qu’insomnie
D’ombre en ombre sur le drap flétri
Mon crayon pour seul ami

J’écris

A.

Le poids ! (texte)

Il y a le poids des mots,
le poids des choses,
le poids du passé,
le poids des ans,
le poids de l’existence,
le poids d’une dette

Mais quel est le poids d’une présence ?
Est-ce un poids mort ou un poids d’équilibre
Le poids idéal ou celui des apparences
Le poids de l’inertie ou du mouvement
Est-ce le poids de l’or ou de la rosée

Ou encore le poids de l’habitude
Le poids de l’attraction ou de l’éloignement
Le poids oppressant ou celui d’un fil de soie

Et que devient ce poids lorsque la présence n’est plus là ?

Un poids sur la poitrine
Un poids sur le cœur
Celui de la culpabilité
Celui de la dette
Ou celui du déshonneur

Est-ce le poids d’une tristesse ou d’un soulagement
Le poids du manque ou de la libération

Mais de toute évidence, dans la course de la vie et de l’amour, il faut surtout faire contrepoids.

A.

Par delà !

Par delà la divine campagne
Mes rêves, tels des mâts de cocagne
Peuplent mes jours et mes nuits
Glissent et s’insinuent sans bruit
Ils chevauchent des ondes de blés mûrs
Gorgées de soleil et sans armure
Pénètrent la lisière de l’irréel
Galopent par delà les mortels
A la recherche d’une ritournelle
Qui ferait fuir ce destin éternel
Et éloigner cette funeste faux
De tout ce qui est mûr et beau

F.

Histoire de boîtes !

Suis-je ta mère
Ou la bonne à tout faire ?

Suis-je ta mère
Ou une étrangère ?

Suis-je donc si maladroite
Pour que tu me laisses telle une vieille boîte ?
Mais la vieille boîte saurait être d’utilité
Et sans prétention ni futilité
Elle pourrait être

Boîte à liens
Pour des soirées câlins

Boîte à câlins
Pour de gentils matins

Boîte à ronrons
Pour se blottir papattes en rond

Boîte à malices
Pour des sourires complices

Boîte à lettres
Pour connaître ton être

Boîte à idées
Pour des sorties animées

Boîtes à trésors
Pour plein de « mi amor »

Boîte à conserves
Pour enfermer la verve

Petites boîtes, grandes boîtes qui s’empileraient
Pour t’accompagner, si utiles
Dans la quête de la vie
Elles s’ouvriraient à ton envie

F.

Cauchemar (texte)

Elle roule au milieu d’une nature foudroyée.

L’herbe rouge est brulée.
Des arbres pendent vers le sol cendre, tels de vieilles girouettes désarticulées.

Elle a beau scruter les alentours, elle ne  discerne qu’un désert.
La terre, un cimetière lunaire. Le ciel, un amoncellement de larve calcaire.
L’air dégage une odeur pestilentielle. Émanations de pourriture et de plastique brûlé. Des monceaux de bois calcinés et des oripeaux jonchent le sol.
Il n’y a ni vent, ni lumière.

Son corps nu est barbouillé de boue séchée.
Ses mains sont griffées. Ses ongles arrachés.
Un mélange de sang et de cendre colle à ses pieds.

Elle ne se souvient de rien. Elle ne se souvient même pas quand cela a commencé précisément.
Cela lui semble être une éternité.

Malgré le froid qui glisse sur sa peau, la sueur perle à son front. Aucun bruit ici. Juste sa respiration saccadée.
Nulle présence humaine.
Dans ce désert moribond et froid, elle est seule et désespérée.
Sa carcasse lui fait mal, comme disloquée. Ses mouvements sont incontrôlables. Son corps lui échappe. Il lui faut pourtant avancer.
Plus loin peut-être, trouvera t’elle de l’aide.

Tout à coup, un bruit, à peine audible. Un grognement derrière elle. Puis un autre, plus long celui-là, plus terrifiant. Elle se retourne et reste pétrifiée.
Une meute de chiens la hèle. Des chiens répugnants, desséchés comme des squelettes.
Elle voudrait comprendre mais seule la terreur lui broie le ventre, violemment.
Combien sont-ils.
Elle en compte cinq.

D’où viennent-ils.
Elle ne sait.

Que les ténèbres l’engloutissent vite pour échapper à ces bêtes immondes.

Elle pousse sur les roues de son fauteuil roulant. Il ne bouge pas. Avec le peu de force qu’il lui reste, elle pousse encore. Immobile. Ce sacré fauteuil reste immobile. Mais où aurait t’elle pu aller avec ces chiens si proches, si déterminés.
L’horizon est vide et le silence cruel. Elle souffle, suffoque, veux crier. Aucun son ne sort de sa bouche tuméfiée

 L’un d’eux, le plus impressionnant,  s’approche.
Sous sa peau, elle devine ses côtes  danser. Son regard magnétique rivé sur elle, il va et vient, s’approche encore, puis recule.
Sur son corps décharné, des touffes de poils maculées de sang. La bave dégouline de ses babines.

Il ne la quitte pas des yeux.

Les autres attendent, dociles. Elle en avait compté cinq. Maintenant, ils sont plus de dix. Et d’autres arrivent encore.
Comme au ralenti, ils s’approchent, la respiration haletante et les yeux rougis.

Face à elle, alignés et calmes, ils sont tous là

Rien ni personne ne peut la sauver. Elle est épuisée. Ses yeux se remplissent de larmes. Sur ses joues, elles creusent des sillons, puis tombent sur ses jambes amaigries.
Elle ne bouge plus.
Une douce musique emplit l’espace.
Cette musique lui est  familière et la porte. Durant un temps qui lui semble infini, elle se laisse pénétrer par cette mélodie. Puis, avec des gestes lents, elle lâche les roues de son fauteuil. Laisse glisser ses bras de part et d’autre. La tête levée vers le ciel, les yeux fermés, elle attend.

Elle n’entend que le bruit sourd de son cœur et cette petite musique.

 Le temps d’un souffle, d’un soupir et la meute s’élance.

 A.

Variations libres

En plein naufrage
Je fais des trous
Dans les nuages
Avec des confettis
En buvant du chianti

Dans les bas-fonds
D’une nuit vautour
J’entends le violon
Q
ui marque le tempo
D’une vague de trop

Ceci dit, je n’y reviendrai plus
Je n’ai rien vu de vos promesses
Pourtant j’aurai marché sur l’eau
Et dévorer des milliers de crapauds
Pour juste une caresse

L’amour à l’eau de rose
Seules les fleurs ça arrose
Mon cœur s’ouvre à pique
Quand les yeux me piquent
Et je balance les fleurs

Les vagues divaguent
Et se jouent de la lune
Certaines nuits d’infortune
Sans bruit je me noie
Devant ton joli minois

A.

Mon enfant

Les sillages glycines
Partout dessinent
Depuis ton plus jeune âge
Un amour inépuisable
Comme le sable
Sur la plage

Je te laisse mon cœur
En otage, vulnérable
Pour que tu écoutes
Tout au long de ta route
Ses battements de douceur

Les soleils froids et gris
Brisent nos rêves infinis
Mais des ruines, un trésor
Naît, toujours plus fort
Comme un amour véritable
Inépuisable.

A.